Dix ans après sa création, zeroRISC voit un avenir prometteur pour l’open silicon

Dix ans après sa création, zeroRISC voit un avenir prometteur pour l’open silicon
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Dominic Rizzo, qui a dirigé pendant cinq ans le projet OpenTitan chez Google, plaide pour une adoption commerciale plus large du silicium ouvert, c’est-à-dire de composants électroniques dont la conception est accessible à tous. Dans un entretien avec The Next Platform, il revient sur une démarche engagée il y a une dizaine d’années et sur les obstacles qui restent à lever.

  • Dominic Rizzo plaide pour une adoption commerciale plus large du silicium ouvert.
  • zeroRISC vise à favoriser ce silicium pour les racines de confiance matérielles.
  • Pavona propose une pile de cryptographie post-quantique prête pour la production.
  • La transition vers la cryptographie post-quantique est urgente, et la gouvernance reste le défi central.

Un projet né chez Google

En 2018, lors de la conférence Hot Chips, des ingénieurs de Google ont présenté leur puce « Titan », conçue pour créer une racine de confiance matérielle (RoT, pour root of trust) dans les serveurs. Ils ont également annoncé la mise à disposition de ce projet sous forme open source. Selon Dominic Rizzo, la motivation interne tenait à l’hétérogénéité du matériel acheté pour le cloud : « Cela rendait leur posture de sécurité un peu inégale. OpenTitan était vraiment le premier projet de silicium open source crédible, bien doté en ressources et conçu correctement dès le départ. »

Rizzo a quitté Google en 2023, puis le projet OpenTitan en septembre 2025. La même année, il a cofondé zeroRISC, dont il est aujourd’hui le PDG. La start-up vise à favoriser l’adoption commerciale du silicium ouvert pour les racines de confiance matérielles.

Pavona et la cryptographie post-quantique

En mai, zeroRISC a lancé Pavona avec Qualcomm, Analog Devices, Meta et le Max Planck Institute for Security and Privacy, sous l’égide du consortium de standardisation à but non lucratif GlobalPlatform. Rizzo en assure la présidence. Pavona se présente comme un écosystème neutre pour la conception de matériel ouvert et sécurisé, à l’image de ce que le Yocto Project et le Zephyr Project apportent au logiciel. Il comprend une pile de cryptographie post-quantique (PQC) prête pour la production, qui prend en charge notamment ML-KEM, ML-DSA et SLH-DSA.

Pour Rizzo, la PQC constitue un défi majeur. Les gouvernements américain et européen fixent des échéances ambitieuses aux organisations pour adopter ces technologies. Les systèmes quantiques devraient pouvoir déchiffrer rapidement des données protégées par AES-256 et des techniques similaires, et les groupes disposant de tels ordinateurs pourraient accéder à des données déjà volées. Google situe ce risque dès 2029, d’autres acteurs envisageant 2030 ou plus tard. Le passage à la PQC est, selon lui, une transition qui ne survient qu’une fois dans une vie d’entreprise, et il a déjà commencé avec ML-DSA, ML-KEM et SPHINCS+.

Rizzo souligne par ailleurs que cette cryptographie est plus délicate à mettre en œuvre que la cryptographie classique : « Les compromis sont beaucoup plus variés, les problèmes mathématiques sous-jacents sont différents, et les implémentations des différentes opérations sont elles aussi différentes. »

Gouvernance et régulation

Selon lui, la question de la gouvernance reste centrale. « Nous savons construire la technologie en open source. La question est plutôt de savoir comment la maintenir sur le long terme, bâtir un véritable écosystème et faire en sorte que chacun en tire un bénéfice, et pas seulement un seul soutien. » Il évoque également le Cyber Resilience Act de l’Union européenne, qui déplace la responsabilité des incidents de cybersécurité vers les fabricants d’appareils.

Rizzo conclut sur la nécessité d’une racine de confiance matérielle : « Il faut disposer d’une racine de confiance matérielle sous le logiciel, capable de revenir à un état connu et sûr, sinon tout espoir est perdu. La surface d’attaque logicielle a toujours été large, mais la capacité d’attaque a grandi au même rythme. »