XAI a laissé ses IA Grok coder seules pendant 3 jours : un résultat impressionnant malgré un crash en direct

Du 15 au 17 septembre 2026, trois salariés de xAI ont tenté de monter une entreprise de zéro, en direct, avec une trentaine d’agents Grok Bot pour tout faire. Ils ont bien livré un jeu jouable le jeudi. Mais la liste de ce qui a cassé entre-temps, du bug de matchmaking à la requête SQL qui a coupé les inscriptions, en dit plus long que le résultat.

  • Trois salariés de xAI ont tenté de monter un jeu en direct avec une trentaine d’agents Grok Bot.
  • Le jeu a été livré jeudi, mais une requête SQL autonome a bloqué les inscriptions sur une base de production.
  • Les bugs ont été repérés par les joueurs, car les tests avaient été supprimés pour aller plus vite.
  • Une routine toutes les 15 minutes tourne près de 100 fois par jour et fait grimper la facture.

L’événement s’appelait « Grok Bot Galaxy », et il s’est tenu au Howard, à San Francisco, avec un livestream gratuit chaque jour de 8 h 30 à 18 h, heure du Pacifique. Sur scène, Matt Palmer, Lauren Tan et Roshan Sadanani, trois membres de l’équipe qui développe Grok Bot, le produit d’agents de xAI. Si vous pensez au chatbot Grok que vous croisez sur X, ce n’est pas ça : un « Bot » a un nom, un rôle et un ordinateur dans le cloud. Tous les Bots d’un même compte partagent d’ailleurs cette même machine, ce qui compte pour la suite.

xAI lâche le pop-up restaurant pour un jeu de cartes Grok Bot

Le point de départ était volontairement vide (une organisation GitHub sans aucun dépôt, un Slack et un Notion neufs, aucune idée de produit) et la société a reçu un nom qui tenait lieu de programme, Ship by Thursday, livrer avant jeudi. Le compte officiel @bot a ouvert le premier jour d’un post laconique, « This is Day 1 ». Précision utile parce que les annonces parlent de « 72 heures » : il s’agit de trois journées de stream d’environ neuf heures, pas d’un compteur continu.

Le premier jour est donc parti sur un « pop-up OS », autrement dit un logiciel pour aider un chef à monter un restaurant éphémère à San Francisco, l’équipe organisant elle-même le premier pop-up pour apprendre le métier. L’idée a tenu un après-midi, parce que les permis alimentaires et les licences d’alcool ont fait dévier le concept vers le pop-up générique, puis l’exposition d’art, puis le merchandising tech.

Le deuxième jour, le pop-up est mort et un jeu d’auto-battle dans le navigateur l’a remplacé, où les bots du marketplace Grok Bot deviennent des cartes qui s’affrontent par équipes de trois. Le jeudi, le jeu est sorti sous le nom de Thursday Arena, avec un mode entraînement sans compte et des matchs classés via une connexion X et un classement de type Elo.

Combien de gens l’ont essayé ? Selon les écrans de fin de stream relevés par l’observateur japonais Kuroto_Works, 1 902 joueurs s’étaient connectés avec leur compte X, pour 4 884 sessions d’entraînement et 6 546 matchs publics. Ces chiffres n’ont pourtant pas été audités par xAI.

Grok Bot fusionne plus de 400 PR en 3 jours, puis fait tomber le jeu en direct

La vitesse, elle, est réelle. Le tableau de bord du premier jour affichait 26 bots en ligne, et le compteur a ensuite dépassé la trentaine. En fin de stream, les écrans montraient plus de 400 pull requests traitées pendant le build, et 157 commits pour le seul Roshan Sadanani.

Mais c’est cette cadence qui a fini par coûter cher. Le troisième jour, un correctif autonome a poussé une mauvaise requête SQL sur la base de données qui contenait, cette fois, de vrais utilisateurs. Le jeu est tombé et les inscriptions sont restées bloquées jusqu’au retour en arrière.

D’après le journal d’incidents compilé par l’auteur du dépôt grokbot-field-notes (un observateur extérieur à xAI, co-fondateur du catalogue nopaywall.io, dont le billet fait aussi la promotion d’un abonnement payant), Lauren Tan était en train d’expliquer qu’il fallait savoir freiner les agents au moment précis où l’incident s’est produit. La voie « autopilote » avait fusionné ses centaines de PR sur un projet jetable, et personne n’avait resserré les garde-fous quand elle s’est retrouvée face à une base en production.

Le même dépôt recense quarante choses qui ont cassé à l’antenne, et certaines datent du premier jour. Le bot chef de cabinet a ainsi ouvert une pull request alors que l’équipe poussait volontairement sur la branche principale sans PR, car la règle n’existait que dans la tête des humains. Matt Palmer a dû la dicter à voix haute, « new rule, no pull requests ». Le connecteur GitHub a aussi réclamé une nouvelle autorisation en plein stream, et des agents cloud ont attendu 300 secondes des tests qui finissaient en une minute.

Thursday Arena : des bugs sans tests pour les voir

Une fois les vrais joueurs arrivés, les bugs se sont enchaînés. Un matchmaking qui n’opposait les joueurs qu’à des IA alors que les scores Elo continuaient de bouger, un classement dont le compteur de victoires ne correspondait pas à l’historique des matchs, un blocage complet quand on dépense tout son or, un bandeau publicitaire qui recouvrait les boutons de la boutique sur mobile, et du spam dans le formulaire de retours dès les premières heures. L’enchère publicitaire censée financer le jeu a été lancée cassée, et elle l’était encore à la clôture.

Ces problèmes ont été repérés par des humains en jouant, pas par la machine. Et pour cause, la plupart des tests avaient été supprimés délibérément en phase de prototype, pour aller plus vite.

Le bilan d’AdvisioTech tire la même conclusion, puisque des problèmes n’ont été vus qu’une fois des humains devant le produit, et il en déduit que le goulot d’étranglement ne se trouve plus dans la production du code, mais dans l’évaluation de ce qui a été produit. Côté revenus, le compteur affiche zéro, la seule « première recette théorique » de Ship by Thursday ayant été un test d’enchère à 1 dollar sur un système qui ne fonctionnait pas.

Routines Grok Bot : une tâche toutes les 15 minutes tourne 100 fois par jour

Les sessions parallèles de l’événement ont donné un autre chiffre que les démos, et il concerne votre facture. Plusieurs participants avaient programmé des routines toutes les 15 minutes parce que la tâche leur semblait urgente. Or Lauren Tan l’avait déjà écrit fin août, une routine de 15 minutes tourne près de 100 fois par jour et chaque exécution consomme des tokens. Son conseil tient en une ligne, une fois par heure ou quelques fois par jour suffit.

Les limites du produit vont dans le même sens, puisqu’un compte plafonne à 50 bots et conversations de groupe combinés, et chaque bot à 50 routines. Le troisième jour, Blake, de l’équipe xAI, l’a résumé en une phrase rapportée par le dépôt : « You don’t need 45 bots. »

Trois personnes et une trentaine d’agents ont donc livré un jeu que des milliers de gens ont essayé. Ce n’est pas une entreprise au sens d’un revenu, et ce n’est pas non plus un système autonome, puisque le pivot vers le jeu, le lancement et le retour en arrière après la panne sont restés des décisions humaines. Reste à savoir si la prochaine démo de ce type se jouera avec de vrais tests, ou si c’est le public qui continuera de les écrire…