Le président des États-Unis, Donald Trump, veut que le terme « intelligence artificielle » disparaisse au profit de « super-intelligence ». Dans un message publié sur Truth Social, il a annoncé vouloir « INTERDIRE officiellement » l’expression « IA/Intelligence artificielle » dans les documents pertinents, « en raison de son imprécision ».
- Donald Trump veut interdire le terme « intelligence artificielle » au profit de « super-intelligence ».
- Il a signé un décret imposant ce vocabulaire dans les documents gouvernementaux et menace de traiter ceux qui emploient l’ancien terme d’« ENNEMI ».
- Anthropic et OpenAI conservent l’expression « IA », tandis qu’Elon Musk soutient le changement.
- Des linguistes jugent que la langue doit évoluer par l’usage, et non par décret présidentiel.
L’intelligence artificielle (IA) désigne la capacité des systèmes informatiques à effectuer des tâches généralement associées à l’intelligence humaine, comme l’apprentissage, le raisonnement, la résolution de problèmes, la perception ou la prise de décision. Le terme est en usage depuis plus de 70 ans et reste largement employé par les informaticiens et le secteur technologique.
Un décret et des menaces
Fin septembre, à l’issue d’un sommet réunissant des responsables du secteur de l’IA à Washington, D.C., Donald Trump a signé un décret exigeant que les documents gouvernementaux emploient « super-intelligence » ou « SI » plutôt que « intelligence artificielle » ou « IA ». Le texte, daté du 29 septembre, justifie ce choix ainsi : « Le terme super-intelligence rend mieux compte des promesses, du potentiel et des capacités en pleine évolution de ces technologies ».
Début octobre, le président a franchi un cran supplémentaire. Il a déclaré que quiconque utiliserait l’expression « intelligence artificielle » serait traité comme « L’ENNEMI », sans préciser les conséquences de cette qualification. « La Maison Blanche considère que toute personne utilisant le terme intelligence artificielle plutôt que le nouveau terme super-intelligence, largement accepté et plus précis, est L’ENNEMI ! », a-t-il écrit. Il a également reproché au Wall Street Journal d’employer le terme « IA », sans que la source ne donne la raison de ce reproche.
Ces déclarations interviennent à une semaine des élections de mi-mandat aux États-Unis.
Des réactions contrastées dans le secteur
La plupart des entreprises spécialisées dans l’IA, notamment Anthropic et OpenAI, continuent de se décrire avec les termes « intelligence artificielle » et « IA ». Elon Musk, proche de Donald Trump, soutient en revanche ce changement. Il a écrit sur X, au début du mois : « Fini l’IA / SI / C’est mieux ainsi ». Interrogé par un utilisateur sur un éventuel renommage de son entreprise d’IA en « SpaceXSI », il a répondu : « Oui, nous allons procéder à ce changement ». La division concernée s’appelle désormais « SpaceX Super Intelligence » et « SpaceXSI », bien que son site web reste « x.ai ».
Le PDG de Microsoft, Satya Nadella, a lui aussi repris la terminologie « super intelligence », mais l’entreprise n’a annoncé aucun changement de nom correspondant pour ses produits.
Ce débat s’inscrit dans une série de décrets visant à renommer des lieux, dont le golfe du Mexique, qui s’appellera désormais le « golfe d’Amérique ». Donald Trump a aussi souhaité rebaptiser l’océan Atlantique, mais le PDG de Google a refusé d’appliquer ce changement dans Google Maps.
Des experts dénoncent une tentative politique visant à masquer les limites réelles et les risques de la technologie tout en exagérant ses capacités. La linguiste Naomi Susan Baron juge cette redéfinition « naïvement optimiste et dangereuse ». Pour la professeure en linguistique computationnelle Emily Bender, « les langues appartiennent à leurs communautés ». Selon les linguistes, le langage devrait évoluer par un usage naturel plutôt que par décret présidentiel.
