En Chine, l’intelligence artificielle bouleverse l’industrie du cinéma et des séries. Les sociétés de production font appel à l’IA plutôt qu’à des acteurs humains pour tourner leurs films, une évolution qui inquiète une partie des comédiens.
- En Chine, les producteurs remplacent de plus en plus les acteurs par l’IA.
- Une influenceuse découvre son visage dans une mini-série qu’elle n’a jamais tournée.
- Les plateaux se vident, et les comédiens perdent du travail.
- Pour éviter les procès, les producteurs achètent désormais le droit d’utiliser de vrais visages.
Li Xinzhi, 26 ans, mannequin et influenceuse aux 300 000 abonnés, a découvert son visage dans une mini-série à laquelle elle n’a jamais participé. « Deux de mes abonnés m’ont écrit en mars pour me dire qu’ils m’avaient reconnu dans une mini-série intitulée L’épingle à fleur de pêcher sur la plateforme Hongguo », raconte-t-elle. « Les producteurs ont repris mes photos à l’identique », affirme-t-elle. Même son grain de beauté au-dessus de la lèvre a été reproduit.
Dans ces épisodes d’une à trois minutes, générés par IA, elle incarne une commerçante cruelle. « Ils ont utilisé mon visage pour des scènes violentes : on me gifle, on me tire les cheveux. Mon personnage maltraite aussi des animaux. J’avais peur que les internautes me confondent avec elle », dit-elle.
Li Xinzhi a porté plainte. La mini-série, qui totalise 40 millions de vues, a été retirée, et le jugement est attendu pour janvier. « J’ai reçu des insultes de producteurs qui travaillent dans l’IA. Mais je suis contente d’avoir tenu bon. Sous la pression de l’opinion publique, les plateformes ont durci les contrôles », explique-t-elle.
Des plateaux qui se vident
À Hengdian, la capitale du cinéma chinois, les plateaux de tournage se sont vidés depuis un an. Li Long, comédien, répète son rôle avec, dit-il, moins de travail qu’auparavant. « Avant, je passais plus de 20 jours par mois sur un plateau de tournage, mais depuis l’arrivée de l’IA, je travaille deux fois moins. Il n’y a pas que les acteurs qui sont touchés : les costumiers, les maquilleurs, les cadreurs et les réalisateurs aussi », affirme-t-il.
Dans les locaux de la société de production Ju Bao Huyu, tout se passe désormais sur ordinateur. La société finalise 50 mini-séries par mois, destinées à la Chine et à l’étranger, avec des histoires sentimentales comme celle d’une héritière humiliée ou d’un pharaon déchu. Yi Hui, l’une des responsables, affirme : « L’an dernier encore, on tournait uniquement avec de vrais acteurs. Aujourd’hui, l’IA représente plus de 90 % de notre production. Et ça coûte dix fois moins cher ! Pour un même scénario, ça nous prend un mois de tournage avec des acteurs, contre une semaine seulement avec l’IA. »
Pour les castings, un monteur décrit la méthode : il cherche des visages sur Internet, importe la photo dans ChatGPT, un outil d’IA générative, puis lui donne des consignes pour que le portrait corresponde au personnage. Yi Hui reconnaît que la société a elle aussi déjà utilisé un visage sans autorisation. Une de ses séries a dû être retirée. « Maintenant, notre équipe passe au crible tous les personnages pour s’assurer qu’il n’y a pas de violation du droit à l’image », assure-t-elle.
Pour éviter les procès, les producteurs achètent désormais le droit d’utiliser de vrais visages. Des comédiens louent leur image pour quelques dizaines d’euros, et même des stars s’y mettent. Un figurant reste sceptique : « Louer mon visage pour 30 ou 40 euros, à quoi ça sert ? Je ne suis pas contre le principe, mais c’est trop mal payé. » Un acteur résume, lui, son inquiétude : « Maintenant, avec l’IA, tous les empereurs se ressemblent. Les vrais acteurs, eux, ont leurs imperfections. Et c’est justement cette authenticité que le public apprécie. » Pékin a promis des aides pour préserver les tournages avec de vrais acteurs.





