Franceinfo : des travailleurs de l’IA dénoncent une surveillance intrusive avec captures d’écran et reconnaissance faciale

Cinq travailleurs indépendants ont déposé plainte contre l’entreprise américaine Scale AI dans quatre pays européens, dont la France. Ils dénoncent une collecte excessive de leurs données personnelles, des accusations que l’entreprise, sollicitée par franceinfo, conteste.

  • Cinq travailleurs indépendants portent plainte contre Scale AI dans quatre pays européens.
  • Ils dénoncent une collecte excessive de leurs données, par trackers, captures d’écran et vérifications d’identité.
  • Scale AI rejette les accusations et affirme respecter le RGPD.
  • L’association noyb demande une enquête, mais aucune décision définitive n’a encore été prise.

Mardi 27 octobre, les plaintes ont été déposées. Elles visent Scale AI, spécialisée dans l’entraînement des intelligences artificielles, et ont été engagées, selon Lisa Steinfeld Leiser, juriste au sein de l’association noyb, « en France, en Italie, aux Pays-Bas et en Autriche ». Noyb, qui défend les droits numériques, a rédigé ces plaintes.

Au cœur de l’affaire se trouve Outlier, une plateforme qui revendique plus de 900 000 contributeurs dans le monde. Ces travailleurs effectuent des missions rémunérées à la tâche, notamment pour évaluer les réponses produites par des intelligences artificielles, les comparer ou les corriger. Scale AI compte parmi ses clients Meta, Google et OpenAI.

Des outils de surveillance contestés

Les plaignants dénoncent l’utilisation de dispositifs de surveillance numérique, appelés « trackers », susceptibles de collecter des informations sur leur activité. Certains permettraient de suivre leur navigation lorsqu’ils quittent la plateforme Outlier pour consulter d’autres sites.

Ces pratiques ont été étudiées pendant deux ans par des chercheurs du collectif français DiPLab, qui ont identifié jusqu’à 19 traceurs et différents outils de surveillance. Certains pourraient permettre de reconstituer une session de travail sous forme de vidéo. Antonio Casilli, chercheur à Télécom Paris, décrit ces dispositifs : « Il existe des extensions qui contrôlent les mouvements de la souris de ces travailleurs, qui prennent des captures d’écran de leurs sessions ou qui peuvent parfois être utilisées pour reconstituer intégralement leurs activités, comme s’il s’agissait d’une vidéo. »

Les vérifications d’identité imposées pour accéder à certaines missions font également l’objet de critiques. Les travailleurs doivent fournir une pièce d’identité et des images de leur visage, parfois à plusieurs reprises, avec l’intervention d’un prestataire spécialisé dans la vérification d’identité. Pour les plaignants, ces dispositifs conduisent à une collecte excessive de données. Ils soulignent aussi l’absence de réponse à certaines demandes d’accès aux informations détenues sur eux.

La réponse de l’entreprise

Scale AI rejette les accusations, qu’elle juge « infondées et inexactes ». Elle reconnaît toutefois que, pour certaines missions, un logiciel peut enregistrer le temps consacré aux tâches et l’activité à l’écran. Selon l’entreprise, les contributeurs sont informés de ces pratiques, doivent donner leur consentement et activer eux-mêmes l’outil concerné.

D’après Scale AI, ces contrôles visent notamment à prévenir la fraude, à protéger les informations confidentielles de ses clients et à garantir une rémunération exacte des travailleurs. Les documents d’identité et les images du visage serviraient à vérifier l’identité des contributeurs et à sécuriser leurs comptes. L’entreprise affirme par ailleurs respecter le règlement général sur la protection des données (RGPD).

Noyb demande aux autorités d’enquêter sur les pratiques de Scale AI et d’envisager des sanctions. À ce stade, les accusations formulées dans les plaintes n’ont fait l’objet d’aucune décision définitive des autorités compétentes.