IA : jusqu’où peut-on déléguer le travail des équipes ?

IA : jusqu’où peut-on déléguer le travail des équipes ?
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Les entreprises confient de plus en plus de tâches complètes à des agents IA, de la surveillance d’informations jusqu’à l’exécution de certaines actions. Cette autonomie pose des questions concrètes aux équipes qui les déploient : quelles tâches leur déléguer, à partir de quel moment une validation humaine s’impose, et comment éviter qu’elle se réduise à un simple clic. Gaetan Fron, Senior Sales Manager pour la France, la Belgique et le Luxembourg chez Diligent, éditeur de solutions de gouvernance, de gestion des risques et de conformité (GRC), détaille les usages observés dans les équipes d’audit et de gestion des risques.

  • Les agents IA peuvent surveiller, préparer et coordonner le travail, mais les décisions restent humaines.
  • Toute action qui modifie les risques, une donnée ou un rapport officiel exige une approbation humaine explicite.
  • La validation doit permettre de contester les sources et les hypothèses, et non se limiter à un clic.
  • La délégation recentre les équipes sur l’analyse, et il vaut mieux commencer par un cas d’usage bien délimité.

Des agents qui vont au-delà des réponses

Les agents ne se limitent plus à répondre à des questions. Ils peuvent surveiller des informations, coordonner des processus, préparer le travail et faire ressortir la prochaine action à mener. Avec Diligent One, des agents spécialisés peuvent aider les équipes de gestion des risques à passer d’évaluations périodiques à un suivi continu : ils surveillent les données relatives aux risques, nettoient les données enregistrées, coordonnent les évaluations, relancent les actions en retard, font remonter les problèmes aux responsables concernés et signalent les risques émergents.

Côté audit interne, ces agents peuvent aider à planifier et à réaliser les audits plus rapidement, en identifiant les risques pertinents, en les associant aux objectifs d’audit et en reliant les contrôles existants. Ils facilitent aussi la collecte des éléments probants, les tests et la formulation des constats. L’ensemble est coordonné par l’agent d’orchestration de Diligent One, qui permet aux professionnels d’exprimer leurs besoins en langage naturel, c’est-à-dire dans leurs propres mots plutôt que par des commandes techniques. Les agents s’appuient sur les données de GRC stockées dans la plateforme, ce qui leur donne le contexte métier nécessaire, sans se substituer au jugement humain.

Où placer la limite

On distingue souvent trois niveaux : l’agent qui suggère, celui qui prépare un travail, et celui qui exécute une action sans validation préalable. Pour Gaetan Fron, la limite dépend des conséquences de l’action plutôt que de sa complexité. Un agent peut surveiller, organiser, rédiger et formuler des recommandations en arrière-plan. Il peut aussi exécuter des tâches courantes et réversibles, comme envoyer des rappels ou préparer un processus de travail, dans le cadre d’autorisations clairement définies.

En revanche, toute action qui modifie l’exposition aux risques de l’organisation, change une donnée enregistrée, engage l’entreprise ou conduit à la publication d’un rapport officiel doit, selon lui, nécessiter une approbation humaine explicite. « Les agents peuvent prendre en charge le travail ; les décisions qui engagent l’organisation restent du ressort des personnes. »

Pour évaluer un travail préparé par un agent sans en avoir suivi le déroulement, chaque recommandation doit présenter les éléments probants sur lesquels elle s’appuie, expliquer ce qui la justifie et s’accompagner d’un historique des actions. Les personnes chargées de la validation doivent pouvoir remettre en question la source, les hypothèses et l’action proposée, et pas seulement cliquer sur « approuver ». Selon Gaetan Fron, l’approche de Diligent repose sur des résultats dont les sources sont citées et traçables, que l’utilisateur peut corriger ou écarter, avec des étapes d’approbation pour les actions qui engagent l’organisation.

Un travail recentré sur l’analyse

Le jugement humain reste indispensable dès lors qu’une responsabilité est engagée. Les professionnels doivent interpréter le contexte, déterminer ce qui compte et assumer les conclusions présentées aux dirigeants, aux conseils d’administration ou aux autorités de régulation.

La délégation change, selon Gaetan Fron, la nature même du travail. Les équipes passent de la gestion administrative des processus à l’action stratégique : au lieu de réclamer des éléments probants, de mettre à jour des registres ou de préparer des présentations, les professionnels du risque et de l’audit peuvent analyser les causes profondes des problèmes, anticiper les risques émergents et expliquer à la direction les véritables enjeux. L’objectif, précise-t-il, n’est pas de réduire le nombre d’experts, mais de leur permettre de concentrer leur expertise là où elle crée le plus de valeur.

Pour une équipe qui débute, il recommande de commencer par un cas d’usage clair et bien délimité, dont la valeur se perçoit facilement et dont le résultat se vérifie aisément. Une fois ce premier cas maîtrisé, le périmètre peut être élargi progressivement, en maintenant la responsabilité humaine sur les décisions qui engagent l’organisation.