Quelle est la place réelle de l’IA dans la faillite de Getty Images ?

Getty Images et six de ses filiales américaines ont demandé, le 21 octobre 2026, la protection du chapitre 11, une procédure qui permet à une entreprise de se réorganiser sous contrôle judiciaire. Devant le tribunal des faillites du district du Delaware, la demande s’inscrit dans une procédure pré-négociée, dont le plan remet l’entreprise à des membres de la famille Getty et à Koch Equity Development.

  • Getty Images et six filiales américaines demandent le chapitre 11.
  • Le dossier impute la faillite au contentieux SPAC, à l’échec de Shutterstock et à la dette.
  • L’IA générative pèse sur iStock et les agences, mais Getty juge qu’elle ne suffit pas à la faillite.
  • Le procès contre Stability AI se poursuit aux États-Unis, avec un jury prévu en 2028.

Le rapprochement avec l’intelligence artificielle s’est imposé dans la presse. Le 21 juin, Getty annonçait un accord pluriannuel avec OpenAI pour faire apparaître ses images sous licence dans les fonctions de recherche de ChatGPT, et le titre avait bondi jusqu’à 145 % selon Bloomberg. Le 13 octobre, Mediaweek titrait « Getty Images plans bankruptcy as AI shakes up stock photos ». Le document d’information remis aux créanciers attribue pourtant la faillite à d’autres causes.

Trois causes « non opérationnelles » selon le dossier

Daté du 20 octobre, ce document impute l’assèchement des liquidités à trois événements. La trésorerie est passée d’environ 90,2 millions de dollars fin 2025 à environ 50 millions à la date du dépôt. Le premier tient à un contentieux hérité de l’entrée en Bourse de 2022, réalisée par fusion avec un SPAC, une société-écran cotée destinée à racheter une entreprise. Des porteurs de bons de souscription (warrants) ont obtenu en justice une indemnisation, pour un total de plus de 200 millions de dollars de condamnations et d’intérêts, auxquels s’ajoutent 35 millions de frais de défense.

Le deuxième est l’échec de la fusion avec Shutterstock, signée le 6 janvier 2025. Dans son rapport final du 15 mai 2026, l’autorité britannique de la concurrence (CMA) a exigé la cession de toute l’activité éditoriale de Shutterstock. Getty a notifié la rupture le 7 juillet, après avoir dépensé plus de 100 millions de dollars de frais et 43,6 millions d’intérêts et de commissions sur une dette levée pour l’opération. Le troisième est le poids de la dette elle-même : 1,46 milliard de dollars de dette financière, environ 154 millions d’intérêts par an et un service annuel total estimé à 239 millions de dollars.

L’IA générative, un facteur parmi d’autres

Le document reconnaît des changements structurels, dont l’arrivée de l’IA générative, ressentis « principalement » sur iStock, la marque destinée aux PME, et chez les clients agences. Sur ces deux segments, le nombre de clients acheteurs est passé d’environ 835 000 en 2022 à environ 636 000 sur les douze mois clos fin juin 2026, soit une baisse d’environ 24 %. Les abonnés actifs sont passés de 321 000 à 240 000 en un an.

Getty juge ces tendances « gérables » et estime qu’elles n’auraient pas « à elles seules » rendu le chapitre 11 nécessaire. Le groupe revendique environ 978 millions de dollars de chiffre d’affaires et 307 millions d’Ebitda ajusté sur les douze mois à fin juin. Il présente aussi ses licences aux entreprises d’IA, pour l’entraînement de modèles et l’affichage dans ChatGPT et Perplexity, comme une source de revenus en croissance, sans en chiffrer le montant.

Le plan prévoit par ailleurs que les créances chirographaires, dont celles des contributeurs, seront payées intégralement ou laissées intactes. Getty affirme travailler avec plus de 600 000 contributeurs, dont plus de 84 000 exclusifs. Le vote des créanciers est fixé au 30 novembre et l’audience de confirmation est demandée pour le 14 décembre. Les actionnaires, eux, ne reçoivent rien : toutes les actions seront annulées sans contrepartie.

Le procès contre Stability AI suit son cours

Au Royaume-Uni, la Haute Cour a rendu son jugement le 4 novembre 2025. La juge Joanna Smith a rejeté l’accusation de contrefaçon secondaire du droit d’auteur et retenu une seule atteinte aux marques, liée à des filigranes iStock et Getty reproduits par d’anciennes versions de Stable Diffusion. Elle a qualifié ces conclusions d’ »historiques et d’une portée extrêmement limitée ». Selon le cabinet Slaughter and May, Getty a obtenu en décembre l’autorisation de faire appel sur le volet du droit d’auteur.

Aux États-Unis, la plainte déposée à San Francisco en août 2025 se poursuit. Selon le calendrier révisé du 18 août 2026, la phase de recherche des preuves se clôt le 20 novembre 2026, et le procès devant jury est prévu du 18 janvier au 9 février 2028. Si le plan est confirmé, Getty prévoit de sortir de la procédure d’ici la fin de l’année, comme société non cotée, sous réserve des autorisations réglementaires.