OpenAI a annoncé le 26 octobre des découvertes scientifiques obtenues grâce à ses modèles d’intelligence artificielle, en mathématiques, en informatique et en physique. Mais la manière dont l’entreprise vérifie et communique ces résultats suscite les critiques de plusieurs chercheurs.
- OpenAI annonce des découvertes en mathématiques, en informatique et en physique grâce à ses modèles d’intelligence artificielle.
- Plusieurs chercheurs contestent la manière dont l’entreprise vérifie et communique ces résultats.
- OpenAI publie une preuve en Lean pour les mathématiques et l’informatique, mais reporte la publication des travaux en physique.
- L’accès aux résultats reste limité à quelques experts sélectionnés, ce que plusieurs scientifiques jugent inéquitable.
Trois résultats dans trois disciplines
Le premier concerne la conjecture du lissage local, proposée par le mathématicien Christopher Sogge en 1991. Elle affirme que la concentration la plus extrême des ondes ne peut être que de courte durée. OpenAI assure que ses modèles sont parvenus à la prouver grâce à « une équation aux dérivées partielles auxiliaires inédite », sans détailler davantage leur démarche. La société souligne que cette conjecture en implique d’autres, dont la conjecture de Kaleya, qui revient à faire tourner une aiguille posée sur une table pour qu’elle pointe dans toutes les directions en parcourant le moins de surface possible. Hong Wang et Joshua Zahl en avaient trouvé une solution en 2025, mais uniquement pour sa version tridimensionnelle. OpenAI affirme donc avoir aussi résolu la conjecture de Kaleya.
En informatique, l’entreprise affirme que ses modèles ont prouvé qu’une hypothèse largement répandue est fausse : celle du temps exponentiel (ETH), selon laquelle certains problèmes seraient extrêmement longs à résoudre à mesure que le nombre de variables augmente. Elle est liée au problème P=NP, qui cherche à savoir si un problème dont la solution peut être facilement vérifiée peut aussi être facilement résolu. Ryan Williams, informaticien et professeur au MIT, a expliqué à Techcrunch : « Cela semble donc être trop beau pour être vrai ». Selon OpenAI, il a lui-même réfuté plusieurs versions de l’ETH, et il fera partie des experts qui vérifieront ses travaux. Le 27 octobre, Anthropic a annoncé que ses modèles avaient également réfuté cette hypothèse, en développant des algorithmes capables de résoudre des problèmes complexes en un temps « sous-exponentiel ».
En physique, OpenAI certifie que ses modèles ont produit « une preuve d’existence mathématiquement rigoureuse » de la chromodynamique quantique, théorie qui décrit l’interaction forte entre particules comme les quarks et les gluons. Le résultat concerne aussi une extension unifiée du modèle standard de la physique des particules, qui couvre trois des quatre forces fondamentales, à l’exception de la gravité. L’entreprise indique également avoir prouvé l’existence de la théorie de Yang-Mills.
Une publication contestée
OpenAI a choisi trois modes de publication. En mathématiques, elle a partagé le résultat et laissé aux chercheurs le soin d’expliquer leurs travaux. Pour les mathématiques et l’informatique, elle a publié une preuve en Lean, langage de programmation permettant de vérifier informatiquement des démonstrations mathématiques. Pour la physique, la publication a été reportée. « Compte tenu de la longueur et de la complexité des travaux, nous avons reporté leur publication jusqu’à l’achèvement de la formalisation en Lean. Nous avons achevé la formalisation de l’existence de la théorie de Yang-Mills le 16 octobre 2026 », a justifié l’entreprise.
Le collectif AGMAI, composé de mathématiciens qui conseille les entreprises d’IA sur la diffusion des résultats, n’a pas été convaincu. Il appelle OpenAI à rendre publics sans délai les résultats en langage naturel et en Lean. Il rappelle que la théorie de Yang-Mills fait partie des problèmes du Prix du Millénaire posés par l’Institut de mathématiques Clay en 2000. « Il n’y a donc plus aucune raison scientifique de reporter la publication », souligne le groupe.
Un accès jugé inégal
Plusieurs chercheurs reprochent aussi à OpenAI d’avoir limité l’accès à ses résultats à quelques experts sélectionnés, chargés de vérifier et d’encadrer ses travaux pour chaque découverte. « Il est absurde que seuls quelques scientifiques éminents puissent les consulter dans un premier temps », a déclaré Constantin Kogler, chercheur à l’Institute for Advanced Study, auprès de The Verge. Andreas Karch, professeur de physique à l’Université du Texas, juge de son côté que « les grands laboratoires ont déjà suffisamment de pouvoir ». L’AGMAI avait déjà déconseillé cette approche la veille de l’annonce, estimant que d’autres mathématiciens « peuvent être dissuadés de travailler dessus ».





