Anthropic a publié le prospectus de son entrée en Bourse, un document de 614 pages déposé le 26 octobre. Analystes, journalistes et chroniqueurs y ont relevé des détails sur les revenus, les effectifs et la gouvernance de l’entreprise, créatrice du modèle Claude. Le JDN a confié à Claude, sous la supervision de sa rédaction, la sélection des plus étonnants.
Revenus, clients et partenaires
Le prospectus indique que 5 à 7 % des revenus des neuf premiers mois de 2026 proviennent de clients qui ne respectaient pas les règles d’utilisation de Claude. L’entreprise a durci ces règles en août et septembre. À l’échelle du troisième trimestre, la newsletter OnlyCFO estime cette somme à 4 milliards de dollars, en supposant que des concurrents utilisent Claude pour entraîner leurs propres modèles. Anthropic prévient que cette source de revenus va se tarir.
Amazon, Google et Microsoft fournissent à Anthropic la puissance de calcul dont elle a besoin, et touchent en retour une commission sur les ventes de Claude passant par leurs boutiques en ligne. Cette commission représente 48 % du chiffre d’affaires, contre 11 % en 2023. Le S-1 précise que ces partenaires développent aussi leurs propres modèles concurrents.
Le document fait état d’autres ratios élevés. Un client d’Anthropic dépense en moyenne neuf fois plus qu’un an auparavant, et chaque salarié rapporte 6,6 millions de dollars, contre 1,4 million un an plus tôt. OnlyCFO tempère toutefois ces chiffres : la moyenne masque une base de départ très faible, et l’IA est devenue la première ligne de dépense de nombreux clients, sans que leurs revenus suivent.
Gouvernance et risques
Mark Levine, contrôleur financier de la ville de New York, gère des retraites de fonctionnaires municipaux représentant 325 milliards de dollars, dont 7 millions de dollars de parts d’Anthropic. Mi-octobre, il a écrit à Dario Amodei pour demander le report de l’entrée en Bourse. Il s’appuie sur le prospectus, qui évoque des « risques catastrophiques ou existentiels pour l’humanité ». Selon la lettre, consultée par Reuters, l’entreprise devrait traiter ces risques « plutôt que de foncer tête baissée vers son IPO ». Des discussions sont en cours, mais aucun report n’a été acté.
Dans sa chronique pour Bloomberg Opinion, Matt Levine décrit la gouvernance d’Anthropic comme celle d’une « petite coopérative ouvrière sympathique et décalée, guidée par sa mission ». Les sept fondateurs conservent la majorité des votes avec une seule action, et un trust nomme la majorité du conseil d’administration.
Le prospectus indique également que les salariés sont « connus en interne sous le nom d’Ants ». Ils sont 5 300, contre 940 fin 2024. En septembre, plus de 90 % du code de l’entreprise a été écrit par Claude, un fait que l’entreprise présente comme une avancée tout en reconnaissant le risque de perdre la visibilité sur ce qui se passe dans ses propres systèmes.
Usages et symbole boursier
Selon le prospectus, un utilisateur professionnel de Claude qui n’utilise pas Claude Code, l’outil de programmation, dépense moins de 75 dollars par mois. Les 5 % les plus actifs sur Claude Code dépensent vingt fois plus, soit environ 1 500 dollars par mois.
Interrogé par Axios sur l’opportunité d’investir, Claude a répondu oui, « à un prix raisonnable », en ajoutant : « Je suis Claude, fabriqué par Anthropic, pesez mon avis avec ce conflit d’intérêts en tête. » GPT-6.1, le modèle d’OpenAI, a répondu non, en invoquant les engagements de dépenses, le contrôle gardé par les fondateurs et le prix encore inconnu.
Enfin, Anthropic a demandé le symbole ANT au Nasdaq. Or, sur la Bourse canadienne CSE, ANT désigne depuis janvier 2025 Anteros Metals, une petite société d’exploration minière de Terre-Neuve fondée en 2022.





