Le PDG de Proton, Andy Yen, affiche publiquement des réserves sur l’intelligence artificielle, mais pousse en interne à une transition très rapide vers le développement logiciel assisté par IA. Selon les informations rapportées, l’entreprise, dont l’image publique repose sur la protection de la vie privée et la sécurité informatique, annonce que 2026 sera la dernière année de recrutement de développeurs dits traditionnels.
- Proton cesse de recruter des développeurs traditionnels après 2026 et ne recrutera plus que des chefs de produit pilotant l’IA.
- Andy Yen privilégie la vitesse et rejette les tests de sécurité humains sur le code généré par IA.
- La direction mesure la part de code IA produite par chaque employé et organise des réentretiens qui peuvent entraîner des départs.
- Des critiques jugent cette stratégie contraire aux valeurs de confidentialité de Proton, d’autant que les failles du code IA sont nombreuses.
À partir de 2027, Proton prévoit de recruter exclusivement des chefs de produit chargés de piloter l’IA pour générer les applications. Selon la direction, le rôle du développeur ne consiste plus à écrire du code à la main, mais à rédiger des spécifications et des invites (prompts) pour que des modèles comme Claude d’Anthropic réalisent le travail. En octobre 2026, le directeur technique de l’entreprise a affirmé que 90 % du code de Proton était déjà généré par l’intelligence artificielle.
Désormais, la priorité est la vitesse. Lorsqu’un employé de la sécurité a suggéré de consacrer quelques jours à tester (pentester) un code généré par IA avant sa mise en ligne, Andy Yen a qualifié cette approche de « conneries et de mentalité de loser ». Dans un message publié sur X, il écrit : « Arrêtez de toujours penser à comment ralentir, et concentrez-vous davantage sur la manière d’aller plus vite. »
Surveillance et réentretiens
Pour appliquer cette orientation, la direction a installé des logiciels de suivi destinés à mesurer la quantité de code généré par IA produite par chaque employé. Par ailleurs, l’entreprise organise des réentretiens avec ses équipes pour évaluer leur maîtrise de l’IA, en avertissant explicitement que les résultats influeront sur leur maintien à leur poste. Cette posture tranche avec l’image publique de Proton et suscite de fortes inquiétudes en interne quant à la sécurité future des logiciels de l’entreprise.
Le débat porte aussi sur le compromis entre vitesse de déploiement et sécurité. Andy Yen a demandé à ses équipes d’arrêter de « façonner amoureusement tout le code à la main ». Pour les professionnels du logiciel, contourner les revues de sécurité humaines sur du code généré par IA est considéré comme une hérésie technique majeure, d’autant que les utilisateurs de Proton accordent une grande importance à la sécurité et à la confidentialité. Un internaute a résumé ce point de vue sur X : « Vibecoder tout votre service est en conflit avec ces valeurs. »
Des développeurs et des clients relèvent en outre une contradiction. Proton s’est historiquement présenté comme l’alternative éthique aux géants de la technologie, mais sa nouvelle stratégie logicielle repose largement sur de grands modèles de langage propriétaires tiers, notamment Claude d’Anthropic. Selon ces critiques, l’entreprise transfère ainsi sa valeur technologique vers les infrastructures des Big Tech qu’elle combat publiquement.
Un paradoxe de qualité
Une analyse à grande échelle menée par GitClear sur plus de 211 millions de lignes de code, incluant des dépôts d’entreprises comme Google, Microsoft ou Meta, fait état d’une dégradation de la structure du code depuis la généralisation des assistants IA. Le taux de duplication de blocs de code a été multiplié par 4, selon cette publication. Pour la première fois, le code copié-collé a dépassé le code déplacé ou réutilisé.
Une étude de cas sur l’ingénierie sécurisée indique par ailleurs que 87 % des Pull Requests générées par IA contenaient au moins une vulnérabilité exploitable. Les chercheurs ont relevé des failles de type injection SQL, XSS, dépassements de tampon et exposition d’identifiants codés en dur. Selon l’article, l’IA reproduit les schémas statistiques de son jeu d’entraînement, souvent truffé de code ancien non sécurisé, ce qui peut produire un code fonctionnel en apparence mais fragile sur le plan de la sécurité.
La réponse d’Andy Yen
Andy Yen soutient que intelligence artificielle et sécurité peuvent coexister dans le développement logiciel. Sur X, il affirme que « les entreprises font des évaluations de performance, et l’IA fait partie de cette évaluation dans la plupart des endroits », et que ses positions sur l’IA sont « bien plus nuancées » que ce que laisse entendre l’article critiqué.
Il cite régulièrement Lumo, l’assistant IA de Proton, conçu pour pallier les défauts de confidentialité d’outils comme ChatGPT ou Claude. À l’origine, Lumo ne protégeait pas les conversations de manière chiffrée de bout en bout pendant leur exécution, Proton se contentant de promettre de ne pas enregistrer les journaux. Pour répondre aux limites de cette promesse, Andy Yen a annoncé une transition vers un modèle d’enclave sécurisée sur les serveurs de Proton. L’objectif est d’isoler l’exécution du grand modèle de langage dans un environnement chiffré matériellement, empêchant techniquement Proton d’intercepter les données en cours de traitement.





