La France a accueilli dimanche, au Stade de France à Saint-Denis, le tout premier match NFL de son histoire, entre les Steelers de Pittsburgh et les Saints de La Nouvelle-Orléans. Derrière le spectacle sportif se déploie un dispositif fondé sur les capteurs, le cloud et l’intelligence artificielle, qui fait de la ligue de football américain un acteur avancé du traitement de données en temps réel.
- Le premier match NFL en France s’est joué au Stade de France, à Saint-Denis.
- Capteurs, cloud et intelligence artificielle suivent en direct les joueurs et le ballon.
- Les données sont traitées en moins d’une seconde, puis envoyées aux diffuseurs.
- Ce suivi sert aussi à prévenir les blessures et à faire évoluer certaines règles.
Sur la pelouse, les courses et les passes rythment la rencontre. Mais la statistique occupe depuis longtemps une place centrale dans ce sport. Ce qui a changé, ce sont les moyens techniques. Il a d’abord fallu résoudre un problème simple en apparence : sur des regroupements massifs de joueurs, les caméras traditionnelles perdent facilement le fil. D’où l’idée, lancée il y a une quinzaine d’années, d’équiper les joueurs de capteurs pour assurer une continuité du signal.
« Avec un capteur portable, le flux de données reste constant », explique Josh Helmrich, responsable de Next Gen Stats au sein de la NFL. Le suivi a démarré il y a près de douze ans, hébergé dans le cloud d’Amazon, avant un partenariat avec AWS pour passer au machine learning, c’est-à-dire à l’apprentissage automatique. Pour numériser le match en direct, la NFL s’appuie sur un réseau local en ultra-wideband (UWB), mis au point avec Zebra Technologies. Chaque joueur porte deux à trois capteurs RFID dans ses épaulettes, et les joueurs de ligne en portent trois de plus. Le ballon officiel, fourni par Wilson, embarque lui aussi une puce.
Plusieurs centaines de capteurs émettent en continu vers les 21 à 22 récepteurs installés sur les hauteurs du stade. Le flux part vers un serveur, puis vers le cloud AWS, où il est stocké, traité et distribué aux diffuseurs. « Des puces jusqu’au cloud, puis à la diffusion : tout s’exécute en moins d’une seconde », se félicite Armel Negret, responsable du marché du sport chez AWS France. La position des joueurs est actualisée dix fois par seconde, celle du ballon vingt fois. En couplant ces données à de la vision par ordinateur, la ligue reconstitue même un squelette complet d’athlète en 29 points, une modélisation 3D destinée à la télévision comme à certaines vidéos explicatives.
Un data center éphémère installé dans un stade
Faire fonctionner ce dispositif dans des stades américains conçus pour cela relève de la routine. Le déployer dans des enceintes qui n’y sont pas préparées est une autre affaire. À Paris comme à Londres, au Tottenham Hotspur Stadium, les équipes techniques ont dû transformer les lieux. « Quand elles arrivent dans un lieu comme le Stade de France, nos équipes le transforment en un gigantesque centre de données », explique Gabie Boko, directrice marketing monde de NetApp. Cette entreprise californienne fournit à la NFL l’architecture de stockage, de protection et de mise à disposition des flux de jeu.
Le calendrier est serré. « Tout le matériel, les caméras, les serveurs sont acheminés au moins 30 jours avant l’événement », détaille Gabie Boko, qui indique que tout est démonté en une semaine pour passer au match suivant. Josh Helmrich reconnaît que la seule différence concrète à prendre en compte concerne les fréquences radio, qui varient d’un pays à l’autre. La souveraineté et la sécurité des données sont aussi essentielles. Ces données restent la propriété de la NFL et ne sont pas transmises en temps réel aux coachs sur le banc, qui n’ont accès qu’à des photos de chaque action. La ligue interdit l’accès aux données en temps réel, aux vidéos en direct ou à internet, pour des raisons d’équité sportive.
Des données pour les diffuseurs, les équipes et la santé
Une fois sécurisées par NetApp, les données brutes rejoignent AWS pour alimenter les Next Gen Stats. Selon Armel Negret, les métriques visibles à l’écran ne sont « que la partie émergée de l’iceberg ». Le machine learning d’AWS génère plus de 500 métriques par action. Pour encourager les analyses, la NFL organise le Big Data Bowl, un hackathon conçu avec AWS. Lors d’une édition, un duo japonais a développé un modèle de prédiction des yards gagnés à la course, aujourd’hui utilisé comme base officielle des statistiques de la ligue.
Ce suivi sert également la prévention des blessures, dans le cadre du programme de recherche médicale « Digital Athlete » développé avec AWS. Les données de tracking sont croisées avec les équipements portés par les joueurs. Elles ont déjà conduit à modifier les règles sur les coups d’envoi, afin de limiter les chocs à pleine vitesse et les commotions cérébrales, et ont permis aux équipementiers de concevoir des casques sur mesure selon les postes.
