La sécurité du système de vote américain fait l’objet de préoccupations qui touchent aux machines de vote, au comptage des bulletins et à l’influence exercée sur les électeurs. Selon l’analyse source, rien ne permet d’affirmer que des manipulations de machines ont modifié le résultat d’une élection américaine, même si le système ne peut pas être considéré comme sûr au sens strict de la cybersécurité.
Des machines certifiées, mais rarement mises à jour
Le vote est organisé par les États, avec des procédures qui varient selon les États et les comtés. Dans les bureaux de vote, l’électeur indique son choix sur une machine certifiée par l’Election Assistance Commission (EAC) et isolée de tout réseau, selon le principe dit de « air gap ». La machine imprime ensuite un bulletin papier, comportant un texte lisible et un code-barres ou un QR code, qui est scanné puis compté.
Shai Bargil, cofondateur et PDG de Sequent, met en doute la portée de cette certification. Il souligne qu’elle n’est pas liée au cycle électoral de quatre ans et qu’une machine peut rester inchangée pendant deux ans ou plus. « C’est assez ridicule. Les logiciels doivent être mis à jour et corrigés en permanence », affirme-t-il, avant de conclure que cette certification est « quasiment dénuée de sens ».
Les machines sont aussi confiées au Voting Village, un laboratoire de sécurité électorale organisé lors de la conférence DEF CON, où chercheurs et responsables peuvent les tester. Selon Shai Bargil, chaque machine livrée à ce laboratoire a été piratée avec succès dès que les attaquants ont pu la manipuler. Christiaan Beek, vice-président du renseignement cyber chez Rapid7, recommande pour sa part de ne pas considérer les machines comme « la source ultime de vérité », mais comme un élément d’un système plus large.
Des pistes pour renforcer la confiance
Shai Bargil propose de rendre open source l’ensemble des logiciels utilisés, ce qui permettrait aux universitaires et aux experts de les examiner. Il suggère aussi qu’un enregistrement chiffré de chaque vote soit transmis directement au système de comptage, en complément du bulletin papier. Le projet ElectionGuard de Microsoft propose, lui, un chiffrement homomorphe des votes, mais il ne préconise pas l’ouverture du code.
Dave Gerry, PDG de Bugcrowd, estime que les vulnérabilités les plus difficiles à traiter se situent à la périphérie du système, notamment les bases d’inscription des électeurs, les sites des comtés et les messageries des équipes de campagne. Casey Erikson, directeur des tests d’intrusion chez NRLabs, insiste sur le fait que l’objectif n’est pas d’éliminer le risque, mais de le contenir : « Il s’agit de contrôler l’accès. Les sauvegardes vérifiables sont essentielles. »
Influence et désinformation
Adam Marrè, ancien agent spécial du FBI et aujourd’hui CISO chez Arctic Wolf, observe que la plupart des activités liées aux élections visent moins à modifier les votes qu’à influencer la perception du scrutin, par des campagnes de désinformation ou de manipulation sur les réseaux sociaux. Plusieurs sources ont affirmé que la Russie avait mené une campagne d’influence en faveur de Donald Trump avant l’élection de 2016, une analyse que les services de renseignement américains ont rapportée en 2017. En 2024, les agences américaines ont attribué à l’Iran une opération de piratage et de fuite visant la campagne de Trump.
En 2024, un appel automatisé utilisant une voix de Joe Biden générée par deepfake, c’est-à-dire une imitation synthétique, a été diffusé dans le New Hampshire. Il incitait les démocrates à rester chez eux. Cette tentative a échoué, selon la source, et son auteur a déclaré qu’il ne s’agissait pas d’une attaque sérieuse, mais d’un moyen de sensibiliser aux possibilités de l’IA.





