Cyberharcèlement : des jeunes victimes cherchent du réconfort auprès de l’IA

Cyberharcèlement : des jeunes victimes cherchent du réconfort auprès de l’IA
3 min de lecture

Trois quarts des collégiens et lycéens utilisent l’intelligence artificielle au quotidien, et un quart des enfants et adolescents victimes de cyberharcèlement se tournent vers des outils comme ChatGPT, Claude ou Gemini pour chercher de l’aide. C’est ce que montre une enquête de l’association e-Enfance, menée en partenariat avec la Caisse d’Épargne. Ce soutien reste toutefois limité, selon les experts de l’association.

  • Un quart des jeunes victimes de cyberharcèlement se tournent vers l’IA pour obtenir de l’aide.
  • Les jeunes apprécient de garder la maîtrise de l’échange, sans la réaction parfois brutale d’un adulte.
  • L’IA ne perçoit pas les signaux de détresse, son soutien reste donc limité.
  • Seule la moitié de ces jeunes se confient à leurs parents, ce qui invite les adultes à mieux écouter.

Selon cette étude, la part des collégiens et lycéens qui utilisent l’intelligence artificielle au quotidien a augmenté de dix points en un an, pour atteindre trois quarts. L’association e-Enfance gère notamment le numéro national 3018 contre les violences numériques. L’enquête a interrogé 1 612 binômes parent/enfant d’une même famille.

L’intelligence artificielle n’est pas seulement un refuge. Selon le baromètre, une victime sur trois dit avoir été visée par des contenus humiliants générés par l’IA. Elle peut ainsi devenir une arme entre les mains des cyberharceleurs, tout en étant, pour d’autres jeunes, un recours face à leur harceleur.

Un interlocuteur qui ne réagit pas comme un adulte

Pour Samuel Comblez, directeur général adjoint de l’association, si les jeunes se tournent vers l’IA, c’est parce qu’ils ont le sentiment de garder la main sur la conversation. « L’avantage quand on s’adresse à l’IA, c’est qu’il n’y a pas la réaction, voire la sur-réaction d’un adulte qui peut être très en colère, très inquiet ou apeuré de la révélation de son enfant. On peut aussi maîtriser le rythme de l’échange, on peut faire des pauses, on peut revenir et on a aussi, je dirais, la maîtrise de ce qui va se passer après la révélation des faits », explique-t-il.

Avec les parents, la réaction est tout autre. « Évidemment, on va tout de suite agir. Et ce que disent souvent les victimes, c’est qu’elles ont l’impression d’avoir été dépossédées de leurs propos. L’avantage de l’IA, c’est qu’elle n’ira pas plus loin que quelques conseils », poursuit Samuel Comblez. Selon les victimes interrogées, dans 80 % des cas, l’IA les a aidées à réduire ou résoudre leurs problèmes.

Des limites bien réelles

Les réponses apportées par l’IA peuvent prendre plusieurs formes : des conseils pour réagir face à la personne qui harcèle, un numéro d’aide ou simplement du réconfort. Plusieurs études, notamment aux États-Unis, ont toutefois montré que les agents conversationnels ne sont pas toujours de bons conseils.

Surtout, ces outils ne peuvent pas repérer tous les signaux de détresse. « L’intelligence artificielle, elle, n’entend pas les silences. Elle ne voit pas les mimiques de visage quand on ne va pas bien. Donc il lui échappe beaucoup d’informations importantes pour pouvoir venir en aide de manière adaptée à la victime », souligne Samuel Comblez.

Le baromètre e-Enfance renvoie également un constat aux adultes. Seule la moitié des jeunes harcelés qui se sont tournés vers l’IA se sont aussi confiés à leurs parents. Pour Samuel Comblez, cela doit inviter les adultes à mieux écouter les jeunes.