Aux États-Unis, les braquages de camions de composants électroniques se multiplient avec voitures béliers, brouillage GPS et IA

Aux États-Unis, les braquages de camions de composants électroniques se multiplient avec voitures béliers, brouillage GPS et IA
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Aux États-Unis, les camions qui transportent des équipements destinés aux centres de données sont devenus des cibles pour des bandes organisées, qui les localisent par des moyens numériques avant de revendre leur contenu, parfois à l’étranger. Selon NBC News, qui a recensé près d’une vingtaine de vols de ce type au Texas, en Californie et dans d’autres États depuis l’année dernière, le phénomène s’est développé avec la hausse de la valeur de ces infrastructures.

Les marchandises visées comprennent la fibre optique, les serveurs, les puces mémoire ou encore les GPU, des processeurs graphiques très utilisés pour entraîner les modèles d’IA. Les voleurs ont abandonné les méthodes classiques au profit de procédés numériques. Ils n’hésitent pas à provoquer des accidents ou à percuter les voitures de police banalisées qui escortent les convois. Ils piratent aussi les comptes de transporteurs, brouillent le GPS ou fabriquent de faux permis de conduire à l’aide de l’IA.

Des pertes qui se chiffrent en centaines de millions

Le FBI, la police fédérale américaine, a publié un avertissement à ce sujet en avril. L’agence y met en garde contre des « acteurs malveillants » qui « usurpent l’identité d’entreprises légitimes, détournent des marchandises, volent des cargaisons de grande valeur et modifient l’itinéraire des livraisons ». Elle indique qu’en 2025, les pertes estimées liées au vol de marchandises aux États-Unis et au Canada ont atteint près de 725 millions de dollars, soit une hausse de 60 % par rapport à 2024.

Les vols se sont poursuivis. Début juin, une remorque transportant du matériel informatique d’une valeur de 13 millions de dollars se dirigeait vers Fayetteville, en Géorgie, où se trouve l’un des plus grands complexes de centres de données du pays. Deux policiers la suivaient dans une berline banalisée, qui a été percutée par une voiture sur l’autoroute traversant le désert de Mojave. La remorque a poursuivi sa route et a été retrouvée le lendemain dans un dépôt de camions en Californie, mais le matériel avait disparu.

Trois semaines plus tard, une remorque transportant des composants de baies de serveurs d’une valeur de 10 millions de dollars était escortée par l’équipe de sécurité d’une entreprise, en route vers un centre de données au Texas, et suivie par une application de géolocalisation. La voiture de sécurité a été percutée par un SUV, et la remorque n’est jamais arrivée à destination, les coordonnées de suivi ayant été falsifiées.

« Un terrain de jeu mondial »

Depuis juin, ces vols ont représenté plus de 100 millions de dollars de cargaisons. Les équipements sont ensuite revendus à l’étranger ou démantelés pour en récupérer les pièces. Dans certains cas, les malfaiteurs identifient les acheteurs avant de dérober le matériel. Ceux-ci se trouvent souvent dans des pays où ces composants sont difficiles à obtenir ou où les pièces du marché gris coûtent moins cher. La Chine, soumise à des contrôles stricts d’exportation de la part des États-Unis pour les puces d’IA, en fait partie.

« C’est désormais un terrain de jeu mondial », a déclaré à NBC News Keith Lewis, directeur des opérations chez Verisk CargoNet, une société d’évaluation des risques. « Nous avons vu certains de ces vols dépasser les 30 millions de dollars pour une seule cargaison. C’est tellement plus facile de voler ça que de braquer une banque », a-t-il ajouté. En juillet, dans le Nevada, des individus munis de faux permis de conduire ont dérobé des câbles et des cartouches d’une valeur estimée à 38 millions de dollars.

Les experts du secteur craignent que les deux vols de juin ne soient que les premiers d’une escalade de tactiques violentes, comparable à celles généralement observées au Mexique, au Brésil ou encore en Europe. Scott Cornell, président de la branche américaine de la Transported Asset Protection Association, une ONG dédiée aux normes et à la formation en matière de sécurité de la chaîne d’approvisionnement, décrit des réseaux « extrêmement bien organisés, opérant depuis une douzaine de pays ». « Leurs actions sont planifiées, élaborées et stratégiques. Ils jouent aux échecs au sein de la chaîne d’approvisionnement », a-t-il poursuivi. Le phénomène pourrait encore s’accentuer avec les milliards de dollars investis par les géants de l’IA dans les centres de données.