L’éditeur de « C’était ça ou mourir » a décidé de ne pas réimprimer le roman de Thélyson Orélien, après le « lâchage » de l’écrivain. Plusieurs libraires indépendants interrogés par franceinfo Culture accueillent la décision de manières différentes, et la plupart choisissent de garder le livre en rayon.
- L’éditeur ne réimprimera pas « C’était ça ou mourir » après le lâchage de l’auteur.
- La plupart des libraires gardent le livre en rayon.
- Certains jugent le roman fort sur le fond et écrit dans un style littéraire convaincant.
- Une libraire regrette l’usage de l’IA, mais garde le livre pour échanger avec ses clients.
À la librairie Valentin, dans le 15e arrondissement de Paris, Sabiha Daoud dit être restée « sur l’émotion que j’ai ressentie en le lisant ». L’éditeur a annoncé, jeudi 22 octobre, qu’il ne réimprimerait pas le livre, mais la libraire affirme que cela ne change pas son appréciation : « Le livre est toujours très beau, je l’aime toujours. » Quelques jours après le début de « l’affaire », elle avait défendu l’auteur, déclarant le 23 septembre à franceinfo Culture : « Je ne vois pas d’IA derrière. » Elle reconnaît désormais que Thélyson Orélien a « peut-être » utilisé l’intelligence artificielle, mais le roman, qui retrace l’odyssée de Jonas, émigré haïtien, restera selon elle « un livre important ». Elle dit vouloir inviter ses clients à le lire et à se faire leur propre opinion.
Des libraires partagés entre le fond et la forme
Chez Libre Ere, dans l’est de la capitale, Hafid Melhay juge le roman de l’écrivain canado-haïtien trop « fort sur le fond » pour être relégué au fond des cartons. Il rappelle que la décision revient aux Éditions du Boréal : « C’est la décision des Editions du Boréal, pas la mienne. » Il souligne aussi la dimension littéraire de l’ouvrage : « Sur la forme, je connais bien la littérature haïtienne et C’était ça ou mourir est vraiment écrit dans ce style. » Le libraire s’interroge désormais sur l’IA, qui pourrait selon lui « donner le pouvoir de l’écrit à des gens qui ne l’ont pas ».
À Saint-Pol-de-Léon, dans le Finistère, la réaction est différente. Chez Livres in Room, Gaëlle Maindron regrette que le recours à l’IA ait entamé son plaisir de lecture : « Maintenant qu’on sait que ça a été écrit en partie par de l’IA, moi, ça m’a gâché le plaisir de lecture, alors qu’on a vraiment aimé ce livre. » Elle accepte la décision des Éditions du Boréal et déplore que « des auteurs se punissent eux-mêmes » en ayant recours à l’intelligence artificielle. Elle n’en garde pas moins le roman en évidence : « C’est vrai que le sujet du livre reste fort, alors on va le laisser en rayon et échanger avec les clients. »
Dans les librairies, les questions sur le livre restent fréquentes et donnent parfois lieu à des discussions sur la littérature ou sur d’autres écrivains. Gaëlle Maindron y voit un aspect positif : « C’est un mal pour un bien. Ça crée de l’échange humain dans ma librairie… »





